Le dahu

Il se peut, chers amis allemands, que vous ayez un jour envie de faire une randonnée dans les montagnes françaises. Que vous jetiez votre dévolu sur les Vosges, les Pyrénées, le Jura ou les Alpes, vous n’êtes pas à l’abri d’une improbable rencontre. Faites donc d’emblée la connaissance avec cet animal très français, le dahu.

Regardez bien : il a la morphologie globale d’un chamois, les cornes d’un bouc, la queue d’une vache, et les oreilles d’un saint-bernard. Jusque-là, tout va bien. Sa vraie particularité est ailleurs : le dahu possède des pattes plus courtes d’un côté que de l’autre. Eh oui ! Le dahu a toujours vécu à flanc de montagne, et a donc fait en sorte de ne pas avoir à plier les genoux pour en faire le tour. Ce qui n’est pas sans excéder son cousin le chamois, jaloux de cette admirable adaptation du dahu à son habitat naturel. Mais malheureusement, cette aisance en terrain incliné n’a pas que des avantages. Condamnés à suivre inlassablement une seule et même trajectoire, les dahus sont en fait des êtres très solitaires.

De plus, deux familles de dahus se distinguent. Il y a le dahus dexterus, dont les pattes de droite sont plus courtes que les pattes de gauche. Celui-ci tourne dans ce sens-ci. Et il y a le dahus senestrus, dont les pattes de gauche sont plus courtes que les pattes de droite. Celui-là tourne dans ce sens-là.
La probabilité est faible pour qu’un dahus dexterus se retrouve nez-à-nez avec un dahus senestrus. Et quand bien même ce face-à-face se produirait, les deux espèces auraient malgré tout quelques difficultés à se reproduire sans risquer la chute. Le métissage est donc rarissime, et il vaut peut-être mieux.

Voyez donc à quelle existence est réduit ce pauvre dahu hybride, dont les membres sont dissymétriques, mais cette fois diamétralement… Selon les scientifiques, le dahu serait malgré tout de tempérament pacifique et sociable. Il ne craint même pas l’homme.

Pourtant, au sein des communautés villageoises, la chasse au dahu est une coutume ancestrale. Traditionnellement, on la pratique en battue. Une fois que les villageois affirment avoir repéré l’animal, ils s’organisent : Les plus confirmés sont rabatteurs, c’est-à-dire qu’ils s’avancent en ligne avec des torches, et restreignent le périmètre de l’animal. Tout le reste de l’opération repose sur un seul homme, le nouveau, en général un citadin de passage, convaincu par les locaux de participer là à l’aventure de sa vie.

La tâche du nouveau est simple. Préalablement équipé d’un sifflet et d’un grand sac, et se fiant aux indications approximatives des rabatteurs, il doit s’approcher le plus près possible de la bête, tout en veillant à rester en contrebas. Un grand coup de sifflet…Le dahu, content que l’on s’intéresse à lui, se retourne, perd l’équilibre, et dégringole. Si le nouveau est doué, il n’a qu’à ouvrir son sac pour récupérer la proie. Sinon, et c’est le cas le plus fréquent, il n’a plus qu’à redescendre bredouille au village. En général, il y retrouve le groupe des rabatteurs hilare et attablé dans un bistro.

Bonne nouvelle pour les citadins trop crédules : Par souci de sauvegarde de l’espèce, la chasse au dahu n’est autorisée qu’à des dates très précises, le 29 février et le 1er avril.

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