Tatouages XXL

https://www.youtube.com/watch?v=wfv8qOuDoUc

Pascale a 26 ans, elle est tapissière. A première vue elle ressemble à toutes les jeunes filles de son âge. A première vue seulement, car sous sa petite chemise cintrée, ce bout de femme cache une passion plutôt singulière.

–          J’ai fait ce dragon sur le bras. Un an après, j’ai fait l’autre dragon où là, j’ai commence à introduire de la couleur. Après je me suis fait les corbeaux avec le cerisier japonais. Il y a deux ans j’ai fait le dos, c’est le plus gros tatouage que j’ai.

Pascale n’est pas la seule à s’être fait piquer par le virus du tatouage. Florence a 45 ans, elle est agent d’assurance, mère de deux enfants et contre toute attente elle aussi est adepte du tatouage XXL.

–          J’ai découvert le tatouage à l’âge de 30 ans, tout de suite j’ai vu grand.

Il y a encore quelques années, le tatouage était la panache des rebelles, aujourd’hui il est furieusement tendance. Un français sur dix est tatoué. Mais du petit lézard sur la cheville au dragon qui s’empare du corps entier, il y a une sacrée marge. Mères de famille, infermières ou encore assistantes de direction, elles sont de plus en plus nombreuses à cultiver un drôle de jardin secret sous une apparence on ne peut plus classique.

–          Le seul truc qui me limitera, ce sera la place un jour…

Alors qui sont ces accros à l’encre  qui préfèrent l’aiguille au shopping ?

–          Bonjour, vous allez bien ?

–          Oui et vous ?

–          Je suis venue voir pour mon fauteuil

–          Bien, voilà, il est fini

Pascale vient de tapisser ce fauteuil pour l’une de ses clientes. Elle exerce en effet un métier d’art très traditionnel, ses tatouages auraient pu l’handicaper, et pourtant

–          Quelqu’un de normal, entre guillemets, quand on le voit, ben on l’oublie, ben là moi, on se souvient de moi. Même si ce n’est peut-être pas pour des bonnes raisons, on se souvient toujours de moi. Ça peut être un plus même par rapport à mon travail.

Justement, comment les clients perçoivent-ils les tatouages de notre jeune tapissière ?

–          Je ne me doutais pas que Pascale avait autant de tatouages, donc j’étais assez surprise. Mais c’est pas quelque chose qui va me choquer. C’est devenu un phénomène de mode, malgré tout, le tatouage…

Certes plus facile à assumer dans les professions artistiques, le tatouage est parvenu à jeter l’ancre dans tous les milieux. Stéphane Chaudesaigues est tatoueur depuis plus de vingt ans, sait à quel point les apparences sont parfois trompeuses.

–          Ce n’est pas parce qu’on est tatoués, qu’on le montre. Sous le costume cravate, la blouse de l’infermière ou la robe de l’avocat on trouve des tatouages XXL insoupçonnés.

D’ailleurs, on aurait croisé Stéphane dans la rue avec sa petite chemise de commercial on n’aurait jamais imaginé qu’il soit recouvert de tatouages. Aujourd’hui son corps est une vraie vitrine pour ses clients. Il ne manque que les prix et ceux-ci peuvent grimer très haut, cela va d’une centaine d’euros pour un petit  motif à plusieurs milliers d’euros à pour un dos entier

–          Il arrive qu’un bras puisse nécessiter une centaine d’heures de travail donc oui ca a un cout, ca a un budget. Mais des vacances par exemple pour une semaine aux sports d’hiver je pense que de loin ça dépasse le budget d’un tatouage, et ça ne dure qu’une semaine. Le tatouage on va le garder toute la vie.

Aujourd’hui justement, Florence, notre mère de famille, accompagnée de son mari, a rendez vous au salon de tatouage. Elle a une petite idée en tête. Enfin, façon de parler.

–          Dans l’idée, moi, ce que j’aimerais bien c’est qu’on puisse vraiment prendre les épaules

–          Oui, oui… Mais faut pas que se voie

–          Tu ne veux pas que ca dépasse d’un chemisier, ni au niveau du cou, que tu puisses le cacher, ni l’encolure…

Pas question de dévoiler son secret sur son lieu de travail, car dans le milieu très sérieux des assurances, ça risquerait de dénoter.

–          J’ai contact avec la cliente, ça peut choquer donc non. Il est hors de question au boulot j’y aille avec un petit débardeur. C’est impossible.

Impossible, d’autant plus que sont tatouage est très particulier. C’est ni plus ni moins le portrait de son fils lorsqu’il avait 6 ans. Et les cornes de bélier sur un visage angélique, forcement ça ne fait pas l’unanimité.

–          Ça pour choquer, ça choque plusieurs personnes, ça c’est sûr. Les gens ne se mettent pas dans l’idée que c’est simplement un dessin, une œuvre d’art qui n’ont rien à voir avec quelque chose de diabolique.

En tous cas, à la maison, Florence fait des émules. Guy, son mari, adepte lui aussi du tatouage, a décidé d’offrir une place de choix a leur deuxième fils, sur sa cuisse.

–          Vu que le petit il se demandait pourquoi il était sur le dos de maman, donc je lui ai dit si tu veux je peux le faire sur moi

–          On a nos enfants dans la peau, pour la vie

–          Exact, c’est ça. à vie.

Une jolie déclaration d’amour, mais pour les enfants n’est-ce pas un cadeau empoisonné ? Pendant des années, Florence a caché son tatouage mais elle décide de l’offrir a la vue de tous. Et forcement, elle ne passe pas inaperçue.

–          Moi, ce tatouage je l’ai pris comme si c’était un cadeau parce que quand elle est venue me voir, elle a dit : « Nicolas, j’ai une surprise pour toi ». Elle s’est retournée et elle m’a montré ce tatouage et jetais super ému de ce tatouage. Aujourd’hui encore, je suis fier de le montrer aux gens que j’aime parce qu’ils savent à quel point j’aime ma mère et à quel point elle est importante pour moi. C’est la plus belle preuve d’amour.

–          C’est émouvant ce qu’il vient de nous dire votre fils?

–          Oui. C’est émouvant. Je pensais pas qu’il voyait ce coté-la.

Pour Florence, le regard de son fils est le plus important. L’avis des autres ne compte pas vraiment mais elle a accepté de se confronter aux aprioris. Alors, comment est-elle perçue lorsqu’elle dissimule sont tatouage ?

–          Plutôt classique

–          Très, très sobre

–          Pas très originale

–          Oui, mère de famille…Non, je ne la verrai pas vraiment avec un tatouage. Pas plus que ça, non.

Méfiez-vous des apparences, alors, le fait :

–          Ah oui, il est là.

–          Je ne m’attendais pas à ça.

–          D’accord, pourquoi pas ? Ça lui donne un style, et puis ouais, de l’originalité, en effet.

–          Ça le va plutôt bien

En voilà donc qui ne regarderont plus leur banquière, fromagère ou notaire de la même manière.

–          Salut Caro, ca va ?

–          Tu vas bien ?

–          Ouais

–          Salut

–          Je vais me refaire tatouer là, au mois de janvier.

–          Encore ! Je trouve que tu en avais déjà assez comme ca, personnellement, je trouvais que c’était suffisant, là. Moi, dans mon imagination le tatouage c’était un petit truc ici, un petit truc la. En fin, comme on voit chez beaucoup de jeunes là. Un petit papillon, un petit dragon, mais pas un dragon qui partait d’en haut du bras jusqu’en bas.

Et quand on est parent, forcement on s’inquiète.

–          Pour moi, L’aspect définitif du tatouage qui me tracassait un peu. Aujourd’hui elle en avait envie, mais peut-être plus tard ça la générait socialement. Ça ferait un frein aussi dans sa vie social. Alors, c’est ce qui ma fait le plus peur

Plus de peur que de mal car jusqu’ici ni Pascale ni Florence ne regrettent leurs tatouages XXL. Bien au contrarie elles sont bien fières arborer ces œuvres d’art.

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