La finance islamique à l’assaut du Maghreb et du Machrek

(Source: Le Monde)

L’heure est-elle venue pour les pays d’Afrique du Nord d’adopter pour de bon la finance islamique ? Dans le contexte du Printemps arabe, on peut le penser. L’agence de notation financière Standard & Poor’s fait même le pari que la rive sud de la Méditerranée va passer à la vitesse supérieure dans ce domaine.

Si les pays du Golfe et l’Asie du Sud-Est sont déjà des familiers de cette finance alternative – qui interdit le recours aux intérêts et à la spéculation mais permet le profit – ce n’est pas le cas du Maghreb ni du Machrek. Avec l’arrivée des islamistes au pouvoir dans la région, les choses pourraient changer assez rapidement. Avantage : la pression financière à laquelle ces pays sont souvent soumis devrait se relâcher. En retour, la finance islamique gagnerait en sophistication et s’intègrerait mieux au système bancaire global.

Pour l’instant, il ne s’agit que d’un marché de niche en Afrique du Nord où un ensemble de facteurs – politiques, sociaux, religieux – ont freiné son essor. La finance islamique ne représente en effet que 5 % des actifs bancaires.

EMBRYONNAIRE

En Tunisie, le secteur reste embryonnaire. Au Maroc, il est presque inexistant. Quant à l’Egypte, où la finance islamique est pourtant plus développée qu’ailleurs, elle ne pèse encore pas lourd. Treize institutions financières ont reçu la licence de conformité avec la charia, octroyée par la Banque centrale, mais seules trois d’entre elles proposent exclusivement des produits islamiques. Toutes les autres les offrent comme des « à côtés » des produits conventionnels.

Mais les bouleversements engendrés par le Printemps arabe bousculent cet état de fait et les forces politiques récemment arrivées au pouvoir travaillent à de nouvelles lois. « L’un des principaux attraits de la finance islamique est qu’elle peut accélérer la ‘bancarisation’. Elle pourrait attirer des clients qui jusque là s’interdisent, pour des raisons religieuses, de placer leur épargne  dans le système bancaire », souligne Nicolas Hardy, analyste crédit chez Standard & Poor’s et auteur d’un rapport sur le sujet, avant de rappeler qu’en Egypte, 20 % seulement de la population a un compte bancaire.

Depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir au Caire et à Rabat, le sujet est revenu sur le devant de la scène. Pour Nicolas Hardy, il faudra cependant encore « deux à trois ans avant  que le secteur décolle réellement », le temps, notamment, qu’un cadre législatif approprié soit mis en place dans ces pays. Sans compter la difficulté à mesurer la véritable demande pour les produits conformes aux principes de la charia.

Les banques, elles, sont partie prenante. « Elles en voient l’utilité  pour leur refinancement. Elles ont bien compris que si elles parvenaient à attirer  de nouveaux clients, elles élargiraient leur base de dépôt », poursuit Nicolas Hardy. En Egypte, le ratio prêt/dépôt est en moyenne de 50 %, alors qu’au Maroc et en Tunisie, il est presque de 90 %.

Le profil risque de ces pays va peser dans le développement de la finance islamique. Si le Qatar et l’Arabie Saoudite caracolent en tête du peloton des pays financièrement les plus solides, avec des notes respectives de AA+ et AA-, il n’en va pas de même avec la Tunisie et son BB ou l’Egypte et son B.

Quoiqu’il en soit, le marché mondial de la finance islamique a de quoi attirer toutes les convoitises. Standard & Poor’s l’évalue à quelque 1 400 milliards de dollars. Les pays du Golfe, rien qu’eux, y sont pour plus de 400 milliards de dollars.

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