Taxe sur la bière : il faudrait une augmentation pour tous les alcools !

LE PLUS. Pour financer le déficit de la Sécurité sociale, le gouvernement envisage de doubler la taxe sur la bière. Une bonne nouvelle en termes de santé publique ? Réponse avec Mickaël Naassila, président du groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances.

ALCOOL. Le gouvernement entend doubler la taxe sur la bière. C’est une mesure qui est très impopulaire, mais qui me satisfait. Je souhaiterais même étendre cette augmentation à toutes les boissons alcoolisées. Pour financer la recherche sur l’alcool en France.

La France est un pays où l’alcool est un problème de taille : deux tiers des consultations à l’hôpital concernant l’addiction sont liées à l’alcool, la consommation d’alcool au volant est la première cause de mortalité chez les jeunes… Au final, avec le tabac, l’alcool occasionne 100.000 morts par an.

Pourtant, les fonds pour financer la recherche sur la compréhension des pathologies liées à l’alcool et sur les nouveaux traitements de la dépendance restent dérisoires. Surtout si on les compare aux 460 millions de dollars annuels de l’Institut national sur l’abus d’alcool et l’alcoolisme (NIAAA) des États-Unis, qui permettent de financer 700 à 800 projets de recherche. En France, il n’est pas prestigieux d’être un chercheur sur l’alcool.

Le tabac, modèle à suivre

Avec l’augmentation de la taxe sur la bière, on prend (enfin) la bonne direction. Il faudrait ensuite envisager, comme pour le tabac, d’entretenir cette hausse par une augmentation progressive tous les ans ou tous les deux ans.

Car, quoi que l’on en dise, les « taxes comportementales » sont efficaces. Certes, leur impact n’est pas aussi mesurable qu’on le souhaite. Mais, suite au Plan cancer, mis en place par Jacques Chirac, on a noté une diminution importante des ventes et de la consommation des jeunes. Pour l’alcool comme pour le tabac, il s’agit de trouver le prix minimum à atteindre pour infléchir la consommation.

C’est ainsi que cette taxe fournira des sources de financements pour la recherche et aura également un impact sur la santé publique. Des millions de personnes sont dépendantes à l’alcool en France. Plusieurs autres millions ont une consommation à risque, qu’il s’agisse d’intoxications massives ponctuelles (binge drinking) ou d’une consommation d’alcool plus étalée mais à fort volume.

Infléchir de quelques unités par jour la consommation d’alcool doit être un objectif. En France, on considère à tort la bière, le vin ou le cidre comme des boissons non dangereuses. Dans l’inconscient collectif, on se souvient même davantage des effets bénéfiques de l’alcool : « Un verre de vin par jour, c’est bon pour mes artères ! » Or, à partir d’un verre chaque jour, on augmente les risques de cancer.

Alcoolisation des jeunes

Outre les cancers, maladies alcooliques du foie (phénomène que l’on commence à observer chez les jeunes aussi) et l’accidentologie, il ne faut pas non plus oublier l’addiction. Il est important de retarder l’âge de la première consommation d’alcool chez les jeunes. Une consommation précoce est un facteur de vulnérabilité à l’addiction. Peut-être que la taxe sur la bière, boisson populaire, se fera sentir sur les courses d’avant-soirée et la quantité de packs achetés. Le fort degré d’alcool ne doit plus être un argument de vente mais un signe de taxation élevé. Il faut s’attaquer à la quantité d’alcool, comme chez nos voisins britanniques.

Toutefois, en termes de prévention, l’augmentation de cette taxe n’est pas suffisante en elle-même. Il faut l’accompagner de campagnes dès le plus jeune âge, comme ce qui se fait à Limoges ou en Picardie, où des programmes de prévention commencent à l’école primaire et se poursuivent jusqu’au milieu estudiantin.

Et n’oublions pas la répression. Les buralistes sont poursuivis lorsqu’ils vendent des cigarettes à des mineurs. Il devrait en être de même pour l’alcool. La répression est elle aussi nécessaire. Tant que l’affichage et le contrôle ne sont pas respectés, il ne faudra pas s’étonner que des jeunes puissent se fournir en alcool à la supérette à côté de leur collège.
Propos recueillis par Daphnée Leportois.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s