Le coiffeur

La visite chez le coiffeur peut être très enrichissante (surtout pour notre lexique…), mais gare au gâchis! Voici une chanson de Linda Lemay:


Je suis arrivée une bonne demi-heure
plus tôt que l’heure de mon rendez-vous
le temps d’être sûre de la couleur
pour ne pas regretter après coup

Le temps d’fouiller dans les revues
pour découvrir Claudia Schiffer
les bras en l’air à moitiè nue
bien entendu belle comme un cœur.

C’est alors que j’ai eu un flash
j’ai dit « c’est comme elle que je les veux »
mon vieux faut pas que tu me les gâches
ce soir je vois mon amoureux.

J’ai insisté sur la longueur
il a dit « du calme chère cliente,
soyez tranquille, ayez pas peur
je vais vous rendre époustouflante.

Il a dit « je connais mon art
laissez-moi faire, vous allez voir
je vais vous faire un look d’enfer
on va vous prendre pour une star ».

Il semblait tellement convaincu
que je lui ai dit « je te fais confiance »
j’ai pris place avec ma revue
en essayant de garder le silence.

Morte de trouille avec ma cape
et ma serviette autour du cou
j’ai subi la fameuse étape
du casque de bain avec des trous.

Messieurs vous avez pas idée
vous qui passez chez le barbier
vous faire donner un coup de sciseaux
avant d’retourner au bureau

de ce qui faut que l’on endure
et de combien on s’humilie
lorsque l’on risque notre chevelure
comme s’il s’agissait de notre vie

aux mains de c’que l’on appelle une « tante »
qui jure que l’ovale de notre visage
exige telle ou telle permanente
et puis tel ou tel balayage.

Oui, vous qui n’êtes que témoins
de notre retour hystérique
la tête comme une botte de foin
et le porte-feuille anorexique

Vous qui avez la lourde tâche
de réprimer votre fou rire,
pendant qu’on se cache
dans la salle de bain et que l’on refuse de sortir.

J’en était donc au casque affreux
qui me retombait sur les yeux
quelle fâcheuse position
pour apercevoir dans le salon

ma grande voisine de six pieds un
avec sa jupe et son parfum
qui s’en vient s’écrier:
« Salut Lynda je tai presque pas reconnue!! »

Puis j’ai eu droit aux bigoudis
c’est juste pour donner plus de corps
que la fofolle m’avait promis
avant que je passe au séchoir.

Il avait simplement omis
de me dire que j’aurais l’air d’avoir
de la parenté en Haiti
c’était crépu quelque chose de rare.

Enfin comble de désespoir
les mèches blondes sont sorties rousses
le tour d’oreille fait au rasoir
fallait que j’attende que ça repousse.

Ce qu’y a pire dans mon histoire
c’est qu’après mon passage à la caisse
j’ai dit « merci beaucoup, bonsoir »
comme la reine des épaisses.

Je suis revenue en beau maudit,
époustouflante qu’il m’avait dit,
ben pour epoustoufler ça oui,
j’époustouflait un jésus Christ.

Je me suis étudiée dans le miroir
en petite culotte en levant les bras
j’ai jamais réussi à voir
la ressemblance avec Claudia.

J’ai annulé mon rendez-vous
de peur qu’le gars soit asthmatique,
il aurait pu crever sur le coup
à peine passé le portique.

J’ai juré que plus jamais de ma vie
j’aurais recours à un expert
au diable l’art,
vive les tony et les beaux permanents de ma mère.

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